Les Mots de Pati

espace privé d'écriture, histoire simple d'une famille simple, billets d'humeurs, moi, quoi.

mardi 13 février 2007

D'un angle à l'autre d'une vie.

10089507Je suis restée une heure environ dans la salle de bains. Une heure à me demander quoi faire. Une heure à tenter de m'ancrer dans cette vie qui est la mienne. Une heure à me convaincre que je peux avoir confiance.Et une heure plus tard, j'en suis toujours au même point...

Je l'entend derrière la porte. Il chantonne, est heureux de mon retour. Il a ce drôle de mignon sourire plaqué aux coins de sa bouche ourlée, le même d'ailleurs qui est présent sur les photos de nous qui émaillent les murs de la maison. "Tu es heureuse, ma chérie ? Enfin de retour chez toi ! C'est bon, hein ?"
Bon ? J'en sais rien.
Remarquez, je ne sais pas non plus si c'est mauvais ! Je suis incapable de trancher entre le bon grain et l'ivraie de mon existence, de savoir si ce qui m'arrive est une bonne chose ou pas. J'ai l'impression que tout a changé, irrémédiablement. Je ne contrôle rien. Je suis comme une balle de caoutchouc qu'on ferait rebondir d'un angle à l'autre de ma vie.
Et cette méfiance qui ne me quitte pas. Je ne PEUX pas me laisser aller ! Quelle buse, ce psy, franchement !
"Laissez-vous aller, Madame X ! Ne cherchez pas systématiquement à contrôler votre vie. Laissez-vous vivre, faites-vous confiance!"
Mais j'ai parfaitement confiance ! En MOI.

Pas en LUI. Je suis incapable de lui faire confiance. Est-ce à cause de l'accident ? Il conduisait la moto. C'est lui qui nous a précipité dans le décor, c'est ce que le gendarme m'a dit à l'hôpital.
"L'a eu du bol, vot'mari ! Quelques égratignures, c'est tout, alors qu'il aurait parfaitement pu plonger dans le ravin, en même temps que vous. Faut croire que son ange gardien était pô en grève, hein..."
Et moi, je l'écoutais, le regard rivé sur les croûtes qui redessinaient les paumes de mes mains... Nous en avons parlé, ensemble. Il reconnaît avoir eu un instant d'inattention. Ca arrive à tout le monde, d'ailleurs. Et il s'en veut. Pas besoin de me le dire, je suis assez grande pour reconnaître la culpabilité quand je la vois sur un visage...

" Chérie ? Tu es prête ? "
Bon sang, je dois sortir ! " J'arrive, mon... j'arrive, chéri ! "
Mon dieu, qu'est-ce que je vais faire ? Et s'il veut me... enfin, vous voyez bien quoi ! Après tout ça fait plus d'un an que l'accident a eu lieu, un an d'hôpital, d'absence de sa " petite femme adorée ", comme il dit ! Une heure dans la salle de bains, à vomir ma peur, et rien ne se calme.
Ah! Si seulement il n'y avais pas eu cet accident! Je n'aurais pas cette crainte idiote ! Il est beau, charmant, et même... sexy ! Tout mon corps me crie l'envie qu'il a de ses mains sur lui ! Mon cœur me hurle qu'il m'aime, et que je dois l'aimer aussi. Sinon, pourquoi ce sourire idiot serait-il plaqué sur mes lèvres sur toutes les photos de notre mariage ? Pourquoi lèverais-je des yeux de merlan frit sur celles de notre voyage de noces ? Hein ?
Je décolle mon regard du miroir de la salle de bains, et me dirige vers la porte. Je ne peux plus reculer. Je plaque un sourire sur ma face, en espérant qu'il masquera habilement ma terreur de me trouver seule face à lui... cet inconnu qui est mon mari.

Amnésique. C'est mon mal. Le nom de ma peur. Je ne suis qu'une "amnangoissique", que le vide de sa vie effraie moins que de voir cet inconnu lui tendre les bras en l'appelant sa chérie...

Pour Paroles Plurielles

Posté par patitouille à 12:11 - Prose poêtique - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    Très très très joli texte ... il est fort ... il est bien construit ... il a une vraie densité et, malgré le peu de lignes qui le composent, il arrive à nous emporter totalement, à nous faire ressentir le mal de cette femme, emprisonnée dans sa salle-de-bain ... dans sa vie ... dans ce passage entre la vie et la mort.

    Il serait intéressant d'écrire le point de vue de l'homme également. Là, il n'est que suggéré ... mais je suppose que lui-même a peur ... sa femme n'est plus seulement celle des photos de mariage mais elle est également celle qu'il a failli tuer ... celle qu'il protège avec toute la fougue de son Amour et toute la gravité de sa culpabilité. Lui aussi, d'une certaine façon, il est enfermé ... mais lui, est enfermé dehors.

    L'Oursin Vert

    Posté par Oursin Vert, mardi 13 février 2007 à 13:00
  • C'est un régal de te lire pati.

    Posté par cassy, mardi 13 février 2007 à 19:34
  • P%%%rée
    tu m'as fait peur !!
    j'y ai cru...rhô toi alors

    Posté par Ségolène, mardi 13 février 2007 à 21:46
  • j'y ai cru aussi! ))
    rhô nous les blondes...pffff

    Posté par lamere, mercredi 14 février 2007 à 06:50
  • et moi avec !!!

    Posté par marie, mercredi 14 février 2007 à 10:08
  • merci l'oursin

    t'écris pas mal non plus

    bah alors les filles ? on se fait des peurs bleues toutes seules ?? hihi...

    Posté par pati, mercredi 14 février 2007 à 11:47
  • Oui, très bien le suspense

    Si j'étais à la place de l'homme, j'aurai aussi peur qu'elle ne m'aime plus, puisqu'elle ne me reconnait plus. Vous allez me dire que ça peut s'arranger, s'il est comme d'habitude, elle ne peut que retomber amoureuse de lui. Mouais...pas si évident ;(

    Posté par Cricri, mercredi 14 février 2007 à 15:50
  • Excellent !

    Posté par ZEL, vendredi 16 février 2007 à 12:01
  • C'est toujours aussi bouleversant de te lire Pati.
    Quand est-ce que tu nous sorts un petit livre de nouvelles?

    Posté par lulu la luciole, vendredi 16 février 2007 à 18:25

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