Les Mots de Pati

espace privé d'écriture, histoire simple d'une famille simple, billets d'humeurs, moi, quoi.

mercredi 20 février 2008

Couleur pourpre

pourpreJ'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac. Mon cahier. Tout mité par les ans. Tout noirci par mes doutes.
J’ai sorti mon stylo à plume et l’encre pourpre. Celle qui accompagne mes maux quand je les couche sur le papier.
Puis j’ai sorti un beau cahier tout neuf. Plein de blanc, d’un blanc porteur d’inconnu, étalé sans pudeur devant mes yeux fermés.

Oser franchir ce cap étrange de l’indicible et de l’intime. Un cap, oui. J’ai mis ma vie à oser simplement y songer, à franchir ce pont entre mon passé et mon devenir. Il serait temps, diraient certaines mauvaises langues, sans savoir ce qu’il en coûte de faire certains pas…
Je veux devenir l’aventurière de mon propre passé. Pour mieux apprivoiser le temps qu’il me reste à vivre. À quatre-vingt dix ans passés, il serait temps, en effet.
Oser me confronter à mes hontes, mes regrets ou mes peurs. Quatre-vingt dix ans à trembler du regard de l‘autre parce que je n’ose me regarder moi-même.
Il suffit.
J’ai mon lot de souvenirs encombrants, de malles emplies de trésors non découverts, d’espoirs, de rêves inachevés. Et aussi de larmes amères versées pour chaque pas en avant non fait.

Je porte la douleur d’un peuple sur mes vieilles épaules. Dernier témoin d’un passé pas si lointain, pas si mort que ça.
Fille, femme et mère d’esclaves.
Mais grand-mère d’hommes et de femmes libres.
De petits-enfants qui vont à l’école, noirs et blancs mêlés en un damier improbable. Quel drôle de monde que celui-là.
Je ne sais plus me situer. Ce présent n’est pas le mien, mais mon passé n’est plus. Que faire de mes pauvres os ? Où puis-je les poser, sans craindre qu’ils ne soient à leur place ?
Je porte encore mes chaînes, bizarrement leur poids me manque… La liberté ne s’apprend plus à mon âge. On naît libre, ou pas. Trop tard pour moi. Mais je peux dire. Raconter. Transmettre.

A ce damier improbable qui pourtant existe. À nos descendants. Blancs ou noirs. Qu’ils sachent que la liberté qui un jour leur paraîtra normale fut très chèrement gagnée. Et qu’elle sera toujours fragile.

Pour Paroles Plurielles...

Posté par patitouille à 08:27 - Prose poêtique - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    ...si.
    moi je crois que la liberté doit pouvoir s'apprendre à n'importe quel âge.
    je crois..
    j'espère...
    ...j'essaie..?

    Posté par b., jeudi 21 février 2008 à 20:51
  • *sourire*

    oui. elle "doit". c'est le bon terme.

    tu n'as pas, que je sache, l'âge canonique de mon personnage, "b" ))
    et puis c'est elle qui parle, hein, pas forcément moi

    mais même si j'espère, comme toi, que tout s'apprend, et ce à n'importe quel âge, il n'en reste pas moins que toute une vie de chaînes ne doit surement pas s'effacer comme ça.

    si j'en crois le temps (incroyablement long à mes yeux) qu'il m'a fallu pour "oublier" que je n'avais plus mal sans arrêt à mon genou gauche, après la pose de la prothèse, certaines habitudes deviennent, à force, des réflexes, des repères. et ce même s'ils sont négatifs.

    je suis comme toi, amie.
    j'ose espérer que l'apprentissage est possible, à tout âge. mais je reste consciente de l'intense difficulté à effacer certains de ces drôles de repères...

    Posté par pati, vendredi 22 février 2008 à 09:23

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