Les Mots de Pati

espace privé d'écriture, histoire simple d'une famille simple, billets d'humeurs, moi, quoi.

samedi 21 février 2009

Je me souviens

Je me souviens... la peur, le mal, le désespoir
Je me souviens... de vos regards de juge qui condamnent sans savoir.
De vos pas de côté, quand vous dépassez, vautrée sur un trottoir,  la chose en sursis...
De vos regards froids, qui ne voient que renoncement et manque de caractère là où seul le désespoir et le vide comblent une vie.
Que savez-vous de ses terreurs, de ses cauchemars, de ses envies ?
Rien.
Si ce n'est qu'elles posent une ombre indécente à vos vies bien rangées. Qu'elles dérangent votre vision idyllique d'une vie rêvée. Par vous seuls.
Que savez-vous des efforts incommensurables qu'il faut fournir, pour simplement se lever. Marcher. Penser. À autre chose que sa dose d'oubli...
Dans votre confortable ennui bourgeois, que savez-vous de la valeur du mot survie ?

Je me souviens. Je rêvais. D'une main tendue. D'un regard franc, et droit. Sans fard aucun. Sans jugement moral. Juste un regard humain. Juste une force qui s'offre à la faiblesse d'un corps qui a oublié comment vivre.
Je me souviens. J'avais l'espoir d'une entraide qui ne serait pas qu'un mot sur une page de dictionnaire...


Je me souviens...
De vos regards peinés, puis choqués... quand ils croisent un fauteuil ou des cannes. Quand ils posent la pitié comme poison insidieux sur des corps qui n'ont pas la décence de ne pas se montrer.
Je me souviens, de la rage qui anime le corps abimé. De sa volonté à VOUS faire baisser les yeux. Et de votre hâte à regarder ailleurs, quand il y arrive...
Je me souviens de ce regard violeur, qui détaille rapidement vos handicaps, pour finalement vous oublier. Surtout ne plus vous regarder.
Que savez-vous du courage qu'il aura fallu au fauteuil, pour franchir sa porte d'entrée ? Pour accepter qu'on le voit, tel qu'il est ?
Chaussés de vos Nike dernier cri, que savez-vous de la valeur du mot avancer ?

Je me souviens... Je rêvais. D'une main tendue, d'un regard sincère. Et chaud. Je rêvais de mains parcourant mon corps meurtri, et le trouvant beau. Et non pas beau « quand même »...
Je me souviens. J'avais l'espoir d'un amour vrai qui ne serait pas qu'un mot sur une page de dictionnaire...


Je me souviens. De vos tabous et interdits. Qui enferment le malade dans sa solitude sans fond, qui le cloîtrent au fond d'un hôpital ou d'une chambre sombre, car on ne parle pas de ce qui vous effraie. Même si parler est la seule chose qui reste...
Je me souviens, la mort, c'est comme le sexe, on n'en parle pas. Ce n'est pas raisonnable. Comme si en parler déclenchait une alarme et la rendait plus proche...
je me souviens, de ces gens qui d'un regard  détourné voient celui qui se meurt. Et qui s'enfuient en regardant leur montre...

Je rêve. Oui.
D'un monde où mourir n'est plus une tare, mais l'ultime acte d'une vie aboutie.
Je rêve car je veux espérer que ce n'est pas en vain...
Et j'espère... que l'humanité n'est pas qu'un mot sur une page de dictionnaire.

Pour Kaléidoplumes

Posté par patitouille à 14:52 - Prose poêtique - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Et merde...

    Posté par Nan', lundi 16 mars 2009 à 00:58

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