Les Mots de Pati

espace privé d'écriture, histoire simple d'une famille simple, billets d'humeurs, moi, quoi.

vendredi 27 avril 2012

Une main tendue

Elle est installée dans son salon, le portable coincé sur ses genoux. Le vent siffle au travers des volets, les fait vibrer contre la vitre. Dehors, la tempête fait rage, les branches du cèdre cognent contre la pergola, qui gémit sous ces assauts brusques et saccadés.
Elle sirote son café. Elle se dit qu'elle est bien, là, blottie au fond de son fauteuil, bien au chaud, à écouter les éléments se déchaîner autour de sa maison. Ses doigts courent sur le clavier, ils ont cette espèce d'autonomie que la rêverie inspire. 
Elle aime la nuit. Elle aime être seule à veiller, la seule à vibrer pendant que ses tendres dorment du sommeil du juste. L'impression que dans cet espace-temps singulier, tout peut arriver, tout est possible. L'impression aussi de grignoter quelques heures à une vie qui s'écoule bien trop vite. Du temps rien qu'à elle, qu'elle savoure seconde après seconde...

On frappe à sa porte. Elle sursaute si violemment que le café se renverse, et son cœur jusque-là si paisible s'emballe et cogne douloureusement contre sa cage thoracique. Elle jette un œil sur l'horloge... deux heures moins le quart. Qui donc peut bien la visiter à une heure si tardive ? Les coups se répètent contre le bois, l'inconnu insiste. Elle se lève, vaguement inquiète, mais surtout curieuse, allume la lanterne extérieure et voit une silhouette se dessiner derrière la vitre cathédrale de sa porte d'entrée.
— Pia ? C'est moi, ouvre !
La voix lui semble familière, mais quelque chose la retient, il y a quelque chose qui cloche, dans cette voix qui dit son prénom, là, à cet instant précis. Comme une incohérence... Elle est soudain bloquée, devant cette porte qu'elle ne veut plus ouvrir.
— Ouvre-moi, pia, je t'en prie...
Sa main bouge, se tend vers la poignée. Non ! Elle ne veut pas, mais sa main ne lui obéit pas, elle ne contrôle plus son mouvement. Et c'est avec un cri ravalé qu'elle voit sa main ouvrir la porte.
Elle a peur, d'un coup. Elle ne veut pas voir qui se tient devant elle, elle refuse de lever les yeux vers cette voix venue de si loin... mais comment résister, la prière dans cette main tendue vers elle est trop pressante, trop... tendre.
Quand elle ose enfin un regard, deux yeux noirs la happent, et d'un seul coup, plus rien n'existe que ce regard qui la mange toute entière, et elle se laisse entraîner au fond de ce gouffre d'amour, elle y plonge avec un désespoir et un désir qui lui font peur.
Il n'a pas changé ou si peu... ses longs cheveux bruns entourent son visage aux traits irréguliers, sa peau mate invite à la caresse, sa bouche se plisse en un sourire charmeur, ce sourire qui l'a toujours fait fondre, auquel elle n'a jamais eu la force de résister.
Ils ne se parlent pas, à quoi bon. Les mots n'ont aucune importance, leurs yeux se racontent tout ce qui importe. Il tend toujours la main vers elle, il attend.
Alors, sans un regard en arrière, elle s'agrippe à cette main tendue et le suit dans la nuit sans étoile et sous les bourrasques d'un vent de printemps qu'elle ne sent plus. 

Elle se réveille en sursaut. Elle est toujours avachie dans son fauteuil, l'ordinateur penche dangereusement sur ses genoux. Elle le pose sur la table basse et veut se lever. Ses pieds nus rencontrent une flaque poisseuse... son café renversé. Un rêve... elle a juste rêvé...

Alors, dans la solitude d'une nuit ordinaire, elle se met à pleurer.

 

Posté par patitouille à 14:38 - Prose poêtique - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    La puissance des rêves, parfois, fait penser que c'est une autre vie. Ah, cette violente émotion, quand tout s'arrête...

    Posté par Nicolas Raviere, vendredi 27 avril 2012 à 19:14
  • un plaisir de te revoir en ces lieux, querelle
    merci pour ton comm

    et oui, elle est très violente, et laisse des plis sur l'eau des jours durant...

    Posté par pati, vendredi 27 avril 2012 à 22:54
  • VIE

    LA VIE NOUS PÈSE EST NOUS FAIT MAL DANS NOS VIE .ILS YA DES CICATRICES QUI SONT INDÉLÉBILE EST DES DOULEURS QU ONT NE PEUT SOULAGER OU DES MALADIES QUE L'ONT NE PEUT GUÉRIR DIEU EST GRAND ET L'ESPOIR FAIT VIVRE. JUSQU’AU BOUT QUE LE CHEMIN NOUS SOIT OUVERT ET QUE MUSIQUE SOIT DOUCE ET NOUS BERCES A JAMAIS .

    Posté par IKKI77, mardi 1 mai 2012 à 23:59

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