Les Mots de Pati

espace privé d'ecriture, histoire simple d'une famille simple, billets d'humeurs, moi, quoi.

vendredi 19 juin 2009

Les conférences

C'est pas le tout, de se sortir de la came. Il y a l'après...

Après ma cure, j'ai entamé une thérapie. Et dans cette thérapie était prévu un exercice qui m'a complètement paniquée. On me demandait de témoigner de mon expérience devant des jeunes, dans des lycées. Le but était double : témoigner, bien sûr, essayer de faire en sorte que refroidissent les envies de découverte de certains auditeurs, mais aussi assumer son propre parcours. Reconnaître devant témoin qu'on avait été 'victime consentante', comme m'a sorti un psy bourré de tact... Néanmoins, je décidai de relever ce défi. De montrer aux autres que je m'en étais sortie.
Je reprends...
De me montrer à moi-même que je pouvais oraliser tout ce qui m'était arrivé. Le faire mien. Et me prouver que je pouvais en parler au passé.

Je me souviens...
La première fois. Je les ai regardés, avant de monter sur l'estrade. J'ai vu leur regards peu enthousiastes. « Pfff... génial. On va encore se prendre un leçon de morale gratuite... » Et d'un coup,  leur regard qui se fixe, incrédule, sur celle qui va leur assener ce palabre qui les gonfle d'avance... pas possible, mais elle a notre âge !

Je me souviens...
Mon silence coi, la boule d'angoisse au creux du ventre, mes mains qui se tordent. J'avais jamais parlé en public. Tu parles d'une première... « Je n'y arriverai pas, je vais m'enfuir, tout planter net, y a pas idée aussi, de me faire parler devant tant de gens, ils me croiront jamais de toute façon. » Et puis, je ne sais pas comment, je me lance. « Bonjour ! Je m'appelle Patricia et je suis dépendante à l'héroïne. » Une formule toute faite, que je pique royalement aux Alcooliques Anonymes... il faut bien commencer par quelque chose.

Je me souviens, je ferme les yeux. Je ne veux pas les voir m'examiner. Les voir m'écouter. Les voir chercher sur mon corps des marques qui prouveraient ce que j'énonce d'une voix encore timide. Parce qu'avant de fermer les yeux, j'ai eu le temps de voir la stupeur remplacer l'étonnement. J'ai même eu le temps de lire une sorte d'incrédulité vaguement culpabilisante sur le visage d'un des adultes présents, un prof, je suppose... non, je ne veux pas voir ça pendant que je vais vider mon sac.

Mais si je ne vois plus ces regards qui me scrutent, je les sens encore, et ne peux empêcher une sourde colère d'enfler en moi. Ainsi, on me juge. Sans même savoir, sans même me laisser expliquer, raconter. Quels cons... Se calmer. Leur montrer que je suis mieux qu'eux, que je vaux le coup qu'on perde quelques instants à entendre ce que j'ai à dire.

Je me lance enfin. Je raconte ma descente en enfer. J'essaie de garder un ton neutre. Mais je n'y arrive pas. Plus je parle, plus les souvenirs, encore récents, affluent en moi. Ma voix se casse, me quitte peu à peu. Et je me tais. J'ouvre les yeux, balaie l'assistance d'un regard désarmé.
— Vous ne pouvez pas comprendre... comment vous expliquer calmement ma prison quotidienne ? Je vous vois, vous vous dites : Non, ça ne pourrait pas m'arriver, à moi. Et pourtant... il suffit de si peu, pour se perdre. Vous me jugez, mais vous savez quoi de ce que j'ai enduré ? Et comment pourrais-je vous le rendre accessible ? Je suis désolée, mais je ne peux pas.
Et je suis partie. J'ai tout planté net. Je me suis enfuie et je me suis sentie comme une merde. C'est ma psy, quelques jours plus tard, qui m'a donné les clés. Qui m'a expliqué comment faire.
— Ne parle pas pour tout l'auditoire. Ne parle que pour ceux que tu sens concernés. Et uniquement pour eux. Ne regarde qu'eux, oublie les autres.

C'est ce que j'ai fait. Les fois suivantes, je me suis rendue compte que peu à peu, j'étais en mesure de repérer dans le regard de certains quelque chose de l'ordre du savoir. Certains comprenaient de quoi je parlais. Ils savaient. Il y en avait peu. Au fil de mon récit, je les surprenais à opiner discrètement du chef, je voyais dans leurs yeux, ou à la façon de se trémousser sur leur chaise, que je leur parlais de ce qu'ils expérimentaient. Ils ne découvraient rien, ils savaient déjà ce que j'allais dire...

Alors c'est à eux que je me suis adressée, zappant complètement les autres. Et peu à peu, ma voix s'est affirmée. Je savais quoi dire, et comment articuler mon récit pour leur insuffler un peu d'espoir. Oui, on peut. C'est dur, c'est terriblement long, et difficile, mais on peut s'en sortir. Il faut oser y croire. Je ne sais pas combien ont pu puiser assez d'énergie positive pour se battre. Parfois, je me demande si ces conférences ont servi à quelque chose... si au moins un d'entre eux s'en est sorti. Et si j'y fus pour quelque chose.

Mais ce que je sais, c'est qu'elles m'ont été utiles à moi. Elles m'ont permis d'affronter sans crainte et sans honte le regard des autres. Et avec le temps, d'assumer mon histoire.
Même si parfois, quand je croise aujourd'hui un de ces regards ignorants et mauvais juges, il m'arrive encore de ressentir cette pointe de colère sensible... comme une petite piqure de rappel.

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mercredi 10 juin 2009

Sache que...

Toi, le frère que je n’ai jamais eu,
Si tu savais ce que...

Tu m’aurais appris un langage connu de nous seuls,
Les rires complices et chuchotés,
Les jeux partagés, les bagarres pour des riens.
Tu m’aurais appris à faire du vélo,
Criant de joie à mes premiers succès.
J’aurais été si fière de ton regard posé sur moi…
Nous aurions dévoré de concert d’immenses tartines de pain grillé
Couvertes de confitures maison qui rougissent la langue
Et font briller les yeux.

On aurait grandi ensemble.
J’aurais noué tes premières cravates,
Tu aurais râlé devant la longueur de mes jupes d’été.
On aurait parlé toutes les nuits
Du temps qui passe et des vacances à venir,
On aurait rêvé ensemble à un avenir plein de promesses.
Je t’aurais appris les poètes sous les couvertures,
À la seule lueur des lampes de poches.
Tu m’aurais traîné à tes matches de foot
Et j’aurais fait semblant de détester ça…

J’aurais jalousé tes premières conquêtes
Comme tu aurais surveillé mes premiers flirts
Chacun veillant sur l’autre, mine de rien.
Tu aurais séché mes premières larmes
J’aurais pansé tes premières blessures
Ensemble, nous aurions juré de ne plus
Tomber dans les griffes de Cupidon.
Jamais.

Et puis la vie, l’amour nous auraient séparé
Nous serions restés campés sur nos égos meurtris
Croyant nos âmes éloignées pour toujours.
Et puis, le temps aurait adouci nos fiertés,
Attendri nos cœurs et rapproché nos âmes.
Nous aurions retrouvé la complicité d’antan
Celle qui nous rendait uniques. Et indissociables.
Et nous aurions vieilli côte à côte,
Lentement... Simplement.

Mais tu n’es pas né, mon frère.
J’ai grandi seule, comme j’ai pu.
J’ai façonné mes rêves sans m’épauler sur les tiens.
J’ai avancé sans ta main dans la mienne
Sans ton cœur près du mien.

Tu n’auras vécu que le temps d’un poème.
Mais toi qui aurait pu être... sache que je t’aime.
Quand même.

Pour Kaléidoplumes

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jeudi 4 juin 2009

Comme un souffle d'aile

Puisqu'il faut que la vie soit ainsi
Puisque le temps des cerises ne reviendra plus
Puisque le jour succèdera au jour
Et que la nuit couvrira de sa robe sombre un demain que je ne maîtrise pas
Puisque ton rire a lézardé mes doutes
Puisque la vie est ainsi faite...
Je pars serein.

Je veux me souvenir du vent qui envole les jupons soyeux des filles d'avril
Du goût acidulé d'un pamplemousse rose
De la fragrance fleurie d'un matin de printemps
De la chaleur velours d'un chat endormi près du feu
De l'envol des goélands cendrés sur le lac Huron
De ton regard posé sur moi.
Je t'aime tant.

Puisque la vie est ainsi faite
Puisque le grand géomètre stoppe là ma route
Puisque le monde valsera tout de même
Puisque tu sais ... tout de moi.
Puisque qu'il faut que la vie soit ainsi...
Je pars serein.

Et si d'aventure, au détour d'un rêve, tu sens sur ta peau comme une caresse légère, comme un souffle d'aile, dis-toi que c'est mon cœur qui vient te border, t'envelopper, t'accompagner. Alors laisse-toi embarquer dans un songe éthéré, et voguons de concert sur les flots qui m'abritent, le temps d'une courte nuit d'été...


à mes 16 collègues disparus
aux 212 passagers...
Qu'ils voguent en paix.

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samedi 30 mai 2009

Le scribe

scribe

Du fond de ma bulle de verre, je contemple ce monde que je ne connais pas. Figé dans ma position favorite, je vois passer des gens étranges, dans des costumes qui me laissent songeur... ainsi, voilà donc le monde d'en-bas ? Aurais-je franchi le fleuve ? Osiris, mon maître, est-ce là ton univers ?
Je n'ai point vu de monstres, ni crocodiles aux dents acérées, prêts à me dévorer le corps, ni serpents des profondeurs surgissant du néant pour m'emporter avec eux dans les limbes perdues... mais ce que je vois chaque jour que tu m'offres, en cette seconde naissance, ah non, je ne m'attendais pas à ça.

J'ai perdu mon pinceau d'osier, je ne peux plus écrire sur le papyrus que je tiens entre mes mains... de toute façon, je ne trouve plus non plus mes flacons d'encre rouge et noire, indispensables à toute transcription. Du coup, j'emmagasine dans ma tête toutes ces bizarreries, espérant pouvoir un jour les noter sur mon livre pour la postérité.

Je me souviens, pourtant... Je m'appelais Péhernefer... enfin, je crois. J'étais un scribe de haut rang, j'ai vécu durant la 4ème dynastie... ou la cinquième, je ne sais plus. Ma mémoire sur ce point est toute aussi déficiente que cette statue qui me représente... Pas un seul hiéroglyphe pour me renseigner, juste de vagues souvenirs...Mais j'étais un très bon scribe. Rompu à toutes les magouilles de mes maîtres, je notais pour eux les hauts faits de leur vie, et tenais leurs comptes. J'ai écrit pour eux, je m'en souviens, nombre de textes du Livre des morts, qu'on a inséré dans leur tombe. Je crois que j'étais là, moi aussi. À Saqqarah.
J'avais une belle tombe, il y avait même quelques statues supposées me représenter à différentes périodes de ma vie, mais je ne les trouve pas aussi bien réussies que moi, il faut bien l'avouer.

Chaque jour qui passe, je vois les gens qui s'arrêtent et me détaillent, sous toutes les coutures. J'entends bien leurs réflexions admiratives. Et oui, je les mérite ! Regardez comme je suis beau ! Mes yeux de magnésite se parent d'un éclat de cristal de roche, qui capte l'attention du passant, le cueille et ne le lâche plus. Mon regard semble vivant, et il l'est ! J'enregistre tout, j'essaie de me souvenir de tout ce qu'ils disent... oui, j'essaie. C'est tout ce qu'il me reste.
J'aime aussi comme on a choisi de me représenter... dans la peau d'un homme d'âge mûr, aux muscles éteints et flasques, eh oui, avec le temps, le corps arbore les honneurs de l'âge... Mes mains sont particulièrement réussies, je trouve. D'ailleurs aujourd'hui, un enfant l'a noté, je l'ai vu scruter le bout de mes doigts, il s'étonnait que mes ongles soient si bien dessinés. Ils sont étranges, ces gens, mais ils semblent se passionner pour moi.
Je suis là, face à eux, simplement vêtu de mon pagne blanc et de ma dignité. J'ai appris à m'offrir en spectacle, à devenir le centre de leur intérêt, moi qui ai vécu à l'ombre de mes maîtres... quelle destinée inattendue.

La nuit, c'est le moment que je préfère. Plus un bruit dans la salle, la pénombre n'est trouée que par quelques rares lueurs, et le silence ne se rompt qu'à l'approche des gardiens. Il en est un que j'aime particulièrement. C'est un jeune, une sorte de scribe, à sa manière... il plante devant ma vitrine une sorte de support en bois, et pose un grand papier dessus.
Et il dessine. Il me dessine, sous tous les angles. Je m'efforce alors de lui offrir le meilleur de moi. Car il s'applique, ce doit être un bon étudiant. Il ferait un bon scribe, j'en suis sûr. Rien ne lui échappe. Il dessine à grand coups de crayon, d'une main sûre et légère.
Il est beau, quand il travaille.
Et quand l'aube renait, il range son matériel, me regarde une dernière fois, me sourit et s'en va à reculons, pour ne me perdre de vue qu'à la toute dernière seconde.

Alors, je sais qu'un nouveau jour se profile. Et le long ballet reprend sa course folle...La file de visiteurs viendra se repaître de ma vue, s'abreuver à mon exotisme et mon air serein.

Si seulement je pouvais retrouver mon pinceau....

Pour Kaléïdoplumes, consigne 74

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jeudi 21 mai 2009

Conversation intime

— Qu'est-ce que tu fais, fille ?
— J'écris, papé.
— Tu écris quoi, fille ?
— Ta vie, papé.
— Ma vie ? A-t-elle donc eu tant d'importance ? Je n'étais pourtant qu'un paysan parmi tant d'autres...
— Je sais. Mais tu as tant vécu, papé. Traversé tant de tempêtes.
— Et tu crois que ça fait de moi quelqu'un d'important ? Que ça m'a rendu différent ?
— Important, je sais pas, mais différent, oui. Je le crois, papé. Mais ça m'a surtout changée moi.
— Tu as traversé tes gouffres personnels, fille. T'ont-ils changée ?
— Je l'espère, papé. Sinon, à quoi ça sert, de faire des erreurs, et d'en comprendre le sens ?
— Je ne sais pas, fille. À t'entendre, tes erreurs ont modifié ta personnalité. Mais si tu en avais fait d'autres, serais-tu une autre ?
— Je pense, oui. Enfin, je crois.
— Alors, que viennent faire mes épreuves dans tout ça, fille ? Tu n'as à priori pas besoin de moi pour changer...
— Tu m'as aidée à surmonter mes peurs, papé. Tu m'as montré la route à suivre.
— Et j'ai fait tout ça du fond de mon trou, fille ?
— Non, papé. Du centre de ton coeur. C'est ta force de vie que tu m'as donné. Et ton amour de l'autre.
— Tu ne me l'as jamais dit, fille.
— Parce que tu es parti trop tôt, papé. Je ne me connaissais pas encore. J'étais à peine vivante, à l'époque.
— Pour qui écris-tu ma vie, fille ?
— Pour mes fils, papé. Pour qu'ils te connaissent au travers de mes yeux. Pour qu'ils connaissent leurs racines, d'où et de qui ils sont issus.
— Et la vie d'un vieux fou de fermier têtu, ça les intéresse, fille, tu crois ?
— Je l'espère bien, papé. Je l'espère.
— Tu vas encore t'assoir sous le figuier, fille ? Avec tes petits ?
— Le figuier est tombé, papé. Il vit maintenant là où tu vis toi... dans mon coeur, papé.
— Rien ne dure jamais, petite... tout change. Tu devrais aller dormir, fille.
— Je devrais, oui. Mais je vais écrire encore un peu.
— Tu me manques, fille. Profite, et que ta vie soit pleine et sincère.

Tu me manques aussi. Tellement, si tu savais...

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mercredi 20 mai 2009

Avoir le temps

encore un extrait de mon marathon.
oui... j'ai écrit longtemps, et beaucoup... et vous plaignez pas, je vous varie fiction et autobio, alors hein!! ;)))

**********

Apprendre à prendre le temps.

J'ai longtemps pensé que je ne l'avais pas. J'étais persuadée que je mourrais jeune. Pour deux raisons évidentes.
D'abord, ma mère est morte à 47 ans. Donc, je mourrais moi aussi aux alentours de cet âge-là. Forcément. Vous en connaissez beaucoup, vous, des filles qui sont plus vieilles que leur mère ? Ah ! Vous voyez bien. Évident.
La seconde, encore plus évidente, c'est que depuis que j'avais fêté mes seize hivers, j'étais en sursis. Forcément. Quand on a failli mourir, et qu'on se voit offrir un second départ, c'est forcément du bonus. Parce que l'erreur n'avait pas été que je manque de clamser de mes bêtises, mais bien que j'en ai réchappé. Évident, vous dis-je...
Alors autant vous dire que le temps, hein... j'en avais pas tant que ça à gaspiller. Donc pas la peine de se projeter dans un futur lointain et nébuleux, je le verrais pas de toute façon. Pas la peine de s'ennuyer avec ces histoires de crème anti-rides et autre trompe-couillon, on me la fait pas, à moi, j'aurai jamais de rides. Pas la peine non plus de remettre à la retraite des voyages et autres joyeusetés... autant les vivre de suite, au moins ce sera ça d'engrangé !

J'avais beau me raisonner, rien n'y faisait. Je savais bien que l'évidence n'était évidente qu'à mes yeux, j'en démordais pas. Je mourrais avant d'avoir soufflé mes 48 bougies.
Oui, je vous vois glisser un œil curieux sous la petite image qui accompagne mon pseudo... oui, y a bien marqué 49 ans.
Et non, à priori, les morts savent pas encore parfaitement bien maîtriser le langage html et les subtilités d'un forum de marathon.

Eh bien pourtant, ça m'a sciée net, de m'apercevoir que, oui, j'allais bien vivre plus que prévu. Totalement prise au dépourvu, la pati. C'est que ça m'arrangeait pas, ça. Pas du tout, même. J'avais rien prévu, moi, pour cet après incongru.

Il a bien fallu que j'accepte de poser mes pas en des lieux où ma mère n'avait pas marché. Faire des choix qui ne devraient rien à celle qui avait toujours été mon repère maitre. Avancer en aveugle. Ça m'a pris un an, pour m'y résoudre. Et une esquive de plus à dame la faucheuse, histoire de faire bon poids...

C'est difficile, de se dire qu'on est désormais plus vieux qu'un de ses parents. Et que ça a l'air parti pour durer un chouïa... difficile de trouver ses marques. De ne plus avoir en tête une image sur laquelle calquer sa route. Pour le première fois de ma vie, je me suis vraiment sentie orpheline.

Et puis me dire que oui, j'aurai le temps de voir pousser mes gosses, les voir s'installer dans leurs vies. Le temps de mener à bien des choses qui me tiennent à coeur, comme ce roman... le temps de vivre. Débarrassée de la peur de mourir depuis longtemps, pour l'avoir frôlée de près et peut-être aussi l'avoir souhaitée parfois... je me sens libre de pleinement profiter de ce qui va s'offrir à moi. Même si je ne l'aborde pas tous les matins de façon légère et rassurée.

En même temps... ça a quand même eu un bon coté. La crise de la cinquantaine, cette soi-disant claque de se dire « la vache, ça y est, je passe de l'autre côté, j'ai les chiffres contre moi, je suis vieille, etc » ne m'angoisse pas du tout. Pfeu... fastoche : déjà vécu !

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lundi 18 mai 2009

La mort... dernier tabou

autre morceau choisi de mon marathon...

**********

« La mort fait tellement peur qu'on préfère ne pas la regarder en face, et s'imaginer qu'il y aura une session de rattrapage quelque part dans la stratosphère. »

À lire cette phrase de cassy, je me suis demandée si j'avais jamais eu peur de la mort. Impossible de me souvenir. J'en conclue que non.
C'est peut-être dû à ce que j'ai traversé, peut-être à ce que j'ai entendu des souffrances de certains de mes proches... ou à ce que je crois, au plus profond de moi.
Quelle importance, au fond.

Je n'ai pas peur de mourir, non. La mort, je l'ai regardée dans les yeux, par deux fois. Je ne l'ai ni apprivoisée, ni combattue. Elle s'est esquivée, voilà tout. Elle m'a regardé, et a passé son chemin, me laissant par deux fois pantelante au bord du sentier.
Je l'ai vue venir chercher mes proches, un à un. Parfois en conscience, parfois brutalement. Elle a fait des cratères sans fond dans mon cœur. Les morts laissent un vide qui ne se comble pas. J'ai le cœur plein de cratères lunaires. Mais je vis.

Pour moi, la mort fait partie intrinsèque de la vie. Elle est sa fin nécessaire. Et une étape.
Quand j'ai accompagné ma mère sur sa fin de vie, j'ai compris que ce n'était pas un sujet qu'on peut aborder avec n'importe qui. C'est vrai que la mort est tabou. Que l'agonie est une chose qu'on n'aborde pas à table, à la fin du repas, entre poire et fromage. Même si le besoin d'en parler est pressant. J'allais écrire vital...
Moi, je trouve normal d'en parler. Je trouve ça tellement normal que j'en ai fait une de mes occupations, puisque je suis de temps en temps bénévole, dans un centre de fin de vie. Une occupation riche en expériences humaines, vous vous en doutez.
Et si j'avais dû avoir des doutes quant à l'importance d'aborder le sujet de la mort, ce bénévolat les aurait fait s'envoler pour de bon. Car s'il existe une constante chez tous les patients que j'ai pu accompagner, c'est bien leur grande, leur profonde solitude face à leur mort. Il leur est souvent impossible d'en parler avec leurs proches, sous peine de voir s'effondrer la carapace fragile qui les tient debout. Quand leurs angoisses ne sont pas tout bonnement niées par un optimisme de façade.

Oui la mort fait peur. Qu'on ait peur de l'absence, ou bien de voir l'autre souffrir, le résultat est toujours le même pour le patient : il se retrouve seul avec ses besoins de communication.
Pourtant, la mort est une expérience qu'on est seul à vivre. Et qu'on doit vivre seul. Mais avant d'en arriver là, on est encore en vie. Et on a le besoin de parler de cette ultime étape, qui va tout chambouler.

La seconde fois que j'ai vu la mort de près, c'était l'an dernier. J'avais chopé une pleurésie et j'ai bien cru que j'allais cette fois y passer.
Il s'est alors produit une drôle de chose.
Alors que j'en étais à plusieurs jours sans sommeil, percluse de douleur, j'ai d'un coup passé un cap. Je me suis rendue compte que je n'avais rien qui me retenais ici. Et que j'avais envie de laisser aller les choses là où elles semblaient vouloir aller... Oui, je sais, je ne devrais pas dire ça, c'est faux, j'ai plein de choses qui me retiennent. Mais sur l'instant, ces choses ne m'ont pas sembler faire le poids. Je me sentais partir, et je n'ai pas lutté. J'étais très tentée par un lâcher-prise total.
Est-ce l'extrême fatigue ? La douleur ? Ou bien justement cette absence de peur face à la mort ? Je ne sais pas. Toujours est-il que quelques jours plus tard, du fond de mon lit d'hôpital, j'en étais encore à m'interroger sur la pertinence de ma survie.
Ce sentiment étrange (chez moi, du moins), j'ai eu beaucoup de mal à m'en défaire. Encore aujourd'hui, parfois, je me demande ce qui m'a fait tenir. Et je suis surprise d'avoir survécu. Notez que je parle de surprise, et non de chance... Eh bien, de ça, je ne peux en parler qu'avec les autres bénévoles. Parce que mes proches ne peuvent pas entendre ces interrogations-là. Du moins, sans souffrir du fait que leur présence, leur amour ne suffisait pas à me retenir ici...

Ce sont mes amis bénévoles qui ont recueilli mes doutes, mes questionnements. Et qui m'ont aidé à y voir plus clair. Ils savent l'importance de confier ces sentiments-là, et la mort n'est pas tabou, pour eux. Il en est même qui m'ont dit me comprendre... On apprend tellement, au contact de ces hommes et de ces femmes, qui voient la vie les quitter. J'apprends à leur contact, et j'espère pouvoir leur apporter le centième de ce qu'ils m'offrent. Auprès d'eux, je deviens oreille, réceptacle, je deviens une présence. Parfois, j'aide à comprendre ce qui les angoisse, avec l'aide de l'équipe soignante. La principale de nos occupations est de faire fuir leurs douleurs. La plupart du temps, cela suffit à leur redonner l'envie de jouir des jours qui leur restent. À se faire plaisir. Et on voit alors s'éloigner leur envie de raccourcir leur fin de vie.
Simplement parce qu'on a entendu leur souffrance, et qu'on y a répondu.

 

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samedi 16 mai 2009

Marathonnage intensif...

En vue de ce marathon d'écriture, que je tenais à faire consciencieusement, j'ai fait une assez longue pause internet. Besoin d'une coupure, dans mes mots, et dans ma présence en ligne. Besoin de prendre du temps pour moi, et pour mon roman.
Depuis que j'ai repris le travail, c'est plus compliqué, de trouver le temps de m'y mettre...
Ou plutôt, le temps, je le trouve toujours, mais ce n'est pas forcément au moment où j'ai le temps que j'ai envie d'écrire... c'est là la délicate subtilité de la chose.
Et finalement, je n'ai pas du tout écrit, durant cette pause. J'ai lu, par contre. Beaucoup. Et je me suis rendue compte que quand je lis, j'ai maintenant deux visions du texte, en superposition. Un œil dévore l'histoire, pendant que l'autre décortique la façon dont l'auteur a écrit le passage que je lis !
C'est très déstabilisant, et en même temps, ça enrichit ma lecture, va comprendre !
Mais je m'égare...

Cette année encore, le marathon fut riche en expériences, et en émotions. Et il fut double, aussi. Eh oui, j'ai rempilé hier soir. Histoire de partager cette expérience avec des plumes amies, mais aussi parce qu'écrire ainsi, ça a un petit côté dopant, et aliénant (mais dans le sens positif, hein, pour une fois!). Quand on goûte à cette sensation d'envol de l'écriture, on a envie que ça continue, encore et encore...

voici un petit aperçu de ce que j'ai écrit hier...

*********

Créer, c'est important. Ce fut même vital. Pour moi. Ça a été ma planche de salut. Ce qui m'a permis de tenir, pendant mon analyse, et après. Mais bon sang, que ce fut difficile et angoissant !

Créer n'importe quoi, mais agir. Sur la matière, les mots, les idées ou quoique ce soit d'autre. Agir et ne plus subir. Agir en conscience. Être acteur et non plus spectateur de ma vie. Oser.
L'argile a tenu le rôle de catalyseur de ce que je devais « aplanir »... et c'est même pas une métaphore...
Ma colère, issue de tout ce que j'avais refoulé, avant, pendant et après mes galères opiacées, me bouffait encore trop régulièrement le peu d'énergie qui me restait, au sortir de mes séances chez le psy. Et pourtant, je n'en avais vraiment pas à perdre...
J'avais vu travailler le potier du village, quand j'étais gamine. Complètement fascinée par ces formes qui naissaient comme par magie sous ses doigts, j'avais été saisie par la texture de l'argile. C'est donc vers elle que je me suis tournée, pour m'y ressourcer.
Et puis, la poterie, c'est pas un art de fainéant ! L'en faut, de l'ardeur, pour travailler les pains de terre. Juste ce qu'il me fallait ! Je pouvais taper l'argile sur le plan de travail jusqu'à ne plus sentir mes bras, mes paumes. Parfois, j'exultais tellement que j'en criais à pleins poumons ! Presque un orgasme. Une libération jubilatoire. J'avais tellement besoin de me vider de tout ce qui m'empêchait de respirer que je préparais l'argile pour tous les participants de l'atelier ! Ça, je pouvais faire.
Parce qu'après... c'était une autre affaire.

Une fois prête, l'argile semblait m'attendre au tournant. « vas-y, ose un peu me façonner, pour voir si tu y arrives... » et je n'y arrivais pas. Mes mains étaient... mortes. Tétanisées. Anxieuses. Tremblantes, collantes de sueur. Je regardais cette boule ocre et ne savais pas l'approcher.
J'avais peur de créer. Je n'avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire de ça. L'animatrice, pensant m'aider, me suggérait « Un vase ? Un pichet ? Un cendrier ? »
Putain, bouge! Active-toi ! « on » va voir que tu flippes. Bouge !
Alors je me lançais, je me jetais à l'eau, et là non plus c'est loin d'être une métaphore... j'étais en nage, en panique totale. J'entamais une forme, comme on me l'avait appris, enroulait colombin sur colombin, et je détruisais. Tout. De façon systématique. Et je partais. M'enfuyais plutôt.

Il m'a fallu du temps, beaucoup de temps, et de boules d'argile qui séchèrent sur place, pour que je comprenne que c'était bien beau, de se vider de sa rage... mais que ce serait mieux, si j'apprenais par quoi la remplacer.

Et finalement, ce n'est pas ma psy, qui m'a aidé pour cette étape. Mais l'animatrice de mon atelier de poterie.
Elle m'a appris à tourner l'argile. Et ce fut une idée de génie. Parce qu'au tour, faut carrément oublier l'idée de force ou de violence. Il faut « sentir » comment l'argile s'élève sous la pression des doigts, une pression qui est nécessairement régulière et lente, sinon, tout part en vrille.
Comme dans la vie...
J'ai donc appris à prendre mon temps. À ne plus oublier que j'avais dorénavant le temps. Le temps de vivre. D'explorer cet avenir que j'avais réussi à m'offrir, tout compte fait.
Et le miracle eut lieu. J'ai laissé mes mains être guidées par la terre, la laissant m'apprendre les bons gestes, les bonnes attitudes. J'ai pris confiance. Petit à petit, ma rage a disparu, laissant la place à la création. J'étais capable de faire quelque chose de mes mains. Et c'était quelque chose de bien.

Ça peut paraître con, de s'ébaubir devant un minable bol en grès même pas régulier, même pas d'épaisseur uniforme. Mais qu'est-ce que j'étais fière, de cette toute première pièce façonnée par Moi.

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jeudi 14 mai 2009

Regard de sable bleu


Le week-end dernier, j'ai marathonné. Grâce à l'initiative d'AlainX, qui nous offre de temps en temps un espace pour le faire, cette année encore, je me suis prêtée au jeu d'un texte par heure, jusqu'à plus soif... Ce coup-ci, j'ai écrit 15 heures d'affilée. Vous en trouverez quelques morceaux choisis, dans les prochains jours.
Voici mon premier texte :


touaregLe corps est masqué sous de lourdes étoffes bleues. De ce bleu si particulier qui habillent les habitants de ce désert infini. On ne voit d'elle que ses mains, et ses yeux. Elle est en train de préparer le thé, à l'ombre d'une tente ornée de tapis épais et colorés. Ses mains virevoltent selon une danse éternelle et codée. Gestes précis et intemporels, qu'elle exécute sans même y penser. Les mains froissent la menthe odorante et la plongent dans l'eau bouillante. Est-ce l'odeur un peu poivrée, un peu sucrée ? Ou ce silence précieux, seulement émietté par le souffle du vent qui joue à faire cascader le sable en fine pluie dorée ? J'assiste à quelque chose de rare, je le sais, je le sens.

Ses yeux sont perdus dans l'infini poudreux des dunes, je ne sais ce qu'ils perçoivent, ce qu'ils regardent. Je reste scotché par son regard azur, qui me transperce sans même me voir.
Il n'a pas d'âge, ce regard. Elle contemple le désert depuis l'éternité. Elle est là pour ça. Elle semble vibrer au rythme minéral de ce monde hors du commun. Il pourrait sembler hostile et dangereux ; elle, elle l'aime comme il est. Elle fait corps avec la nature qui l'entoure, qui l'abrite, elle l'épouse sans heurts, simplement. Elle se fond dans l'infini de sable, et ses mains ne cessent de vaquer à la cérémonie du partage. Les tatouages de henné dansent sous mes yeux fascinés. Elle est belle.
Soudain, le ballet s'interrompt. Son corps se tend, ses yeux scrutent l'horizon, elle écoute. Et puis je les vois arriver, leurs corps émergeant de derrière la dune. Le chameau et son passager semblent être sortis tout droit du sable en fusion sous le soleil de cette fin de journée. Ils sont si majestueux que j'en reste coi. Je cherche son regard à Elle. Deux saphirs de vie qui suivent avec intensité l'avancée de l'homme en bleu.

En quittant mon hôtel, ce matin, je ne savais pas que j'allais me perdre dans le désert. Je ne savais pas que j'allais me croire perdu, pour finalement être recueilli par ces deux yeux magnifiques. Je ne savais pas que j'allais partager le temps d'un soupir la vie de ce couple libre et serein. Enfin, je ne savais pas que j'allais tomber amoureux d'un paysage cuit par le soleil, mais d'une beauté saisissante.

L'homme a rejoint les yeux saphir. Un geste tendre à peine esquissé... le thé est prêt.

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jeudi 23 avril 2009

État de choc

La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société.
Enfin, il parait.
Il ne sait pas pourquoi cette phrase d'il ne sait plus qui trottine dans sa tête. Telle un mantra, elle tourne en boucle, obstruant tout autre éventuel embryon de pensée. C'est en entrant dans le passage couvert qu'elle a fait son apparition.
Il a couru jusque là, au point de suffoquer. Il ne sait pas non plus pourquoi. Pourquoi il a couru, pourquoi vers ce passage... il ne sait pas. Juste ce mantra, en boucle.

Respire.

Il marche maintenant, les mains compressant ses côtes tandis qu'il reprend son souffle. Il s'arrête, un peu perdu, un peu épuisé. À bout.

Les marches près de la porte bleue. Assied-toi.

Tout compte fait, il s'assoit. Deux marches lui tendent calmement les bras. Enfin, leur pierre fraiche. Et puis le bleu de la porte qu'elles desservent lui plait. Il souffle. Son coeur reprend un rythme un peu moins saccadé, un peu plus normal. La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société
Ça l'énerve un peu, quand même, cette litote idiote. Ça l'empêche de gouter pleinement le calme du passage désert. Lui qui n'aime pas trop ne pas voir le ciel, lui qui d'habitude fuit les espaces étriqués, se sent bien sur ces marches froides, dans cette ruelle d'un autre temps. Ses yeux détaillent ce qui s'offre à son regard : les piliers vaguement passés au torchis blanc, les ouvertures cathédrale baignées de soleil qui laissent des ombres fluides sur les pavés et plongent dans la pénombre la rigole qui serpente en plein milieu de la chaussée. Et au plus loin qu'il peut voir, cette ruelle tantôt sombre tantôt éclatante de lumière, qui va se rétrécissant, comme un boyau menant à la matrice.
Il ferme les yeux, se laisse bercer par le murmure lointain d'une circulation fournie, par le bruissement assourdi d'une vie active et trépidante. Au loin, des gens vivent, bougent, parlent. Ici, juste cette paix étonnante, ce silence... La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société .
Sauf dans sa tête.

Rappelle-toi.

Les yeux toujours fermés, il presse ses mains contre son front. Il y a quelque chose... qui manque ? Quelque chose lui échappe, le titille du côté de l'estomac, l'empêche de véritablement se détendre. Il essaie de se souvenir, mais c'est comme si sa tête était pleine de coton. Ou de boue où ses pensées s'engluent.

État de choc... SOUVIENS-TOI !

Ah ! Oui ! Ça lui revient maintenant. Voilà, il sait où cette ruelle mène. C'est ridicule, comment a-t-il pu ne pas s'en souvenir ?
Ce chemin, il l'a pris des années durant, chaque jour, pour rentrer de l'école. Même qu'à chaque fois, il faisait une pause près du canal. L'ancien chemin de ronde de la ville fortifiée. Qu'est-ce qu'il a pu s'en conter, dans ce passage ! Du noble chevalier au soldat qui fait sa ronde, du résistant qui complote contre l'occupant au bandit de grand chemin qui détroussera le bourgeois... il s'en est inventé, des vies extraordinaires !
Du coup, il se lève et avance d'un pas résolu vers le canal au bout du passage. Il a envie de revoir les lieux, un petit pèlerinage dans sa jeunesse. Peut-être même qu'il s'assoira au bord de l'eau, comme avant, pour s'essayer à deux ou trois ricochets...
C'est étonnant, quand même, la mémoire... il ne se souvenait pas que c'était si loin. Il a beau marcher d'un bon pas, il n'a pas l'impression d'avancer beaucoup. La litote a disparu, c'est déjà ça... quel bonheur !
Quoique... le bonheur on s'y fait, le malheur on ne s'y fait pas, c'est ça la différence. Il ne comprend pas pourquoi, mais il en est sur et certain. C'est bien ça qui fait toute la différence.
Il a un peu mal à la tête.

Trou noir.

**************

L'inconnu du canal. Les échos du midi, dimanche 19 avril 2009.
Hier en fin de matinée, un homme a été trouvé baignant dans son sang, sur les berges du canal du midi. Selon le chef des pompiers, il serait décédé des suites d'une profonde blessure qu'il portait au front. Aucun papier d'identité n'a été retrouvé sur lui.

L'inconnu du canal enfin identifié. Les échos du midi, mardi 21 avril 2009. Extrait.
Hier soir, la police a enfin pu donner un nom à l'inconnu retrouvé mort dimanche dernier, près du canal.
Il s'agirait de Monsieur X, un honnête père de famille vivant à C. depuis plus de dix ans.
Sa femme avait signalé sa disparition à l'hôpital où elle avait été amenée suite à un grave accident de la route, dans lequel ont péri ses deux enfants.
Inquiète de ne pas voir son mari près d'elle à son réveil, elle avait alerté les autorités, afin que des recherches aient lieu. Mme X a expliqué qu'elle ne se rappelait pas grand-chose, hormis le fait que c'était son mari qui conduisait, au moment de l'accident.

pour Kaléïdoplumes

Signé patitouille, à 10:26 - Prose poêtique - un truc à dire ?[1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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